[RECHERCHE]

Résumé

1.1. Petite historique

Si, pour commencer, on cherche à schématiser les choses au maximum, on peut dire que ce sont deux grands courants, deux grandes paradigmes de recherche, qui se disputent l'explication de la créativité : l'approche intuitive, subjective (voire mystique dans certains cas) et l'approche objective, rationnelle.
Depuis des temps lointains jusqu'à une époque proche de la nôtre, l'approche mystique s'est largement imposée, et ce au moins jusqu'aux XVIIIème et XIXème siècles, avant lesquels une appréhension scientifique de la créativité semblait difficile ou impossible.

Pendant des siècles, la créativité était considérée comme étant d'origine divine (seul Dieu était, par définition, créateur), ce jusqu'à la renaissance, époque à partir de laquelle le talent commence à être attribuée aux personnes.
Entre les XVème et XVIIème siècles, les conceptions de la créativité semblent avoir peu évolué, mais les développements des instruments de mesure et de la pensée scientifique ont commencé à amorcer les changements à venir.

Dans les années 1700, des distinctions sont faites entre les concepts de génie, d'originalité, de talent et d'éducation formelle, mais une différence nette est maintenue entre les personnes avec du talent — qui pouvait être développé par l'éducation — et le génie, qui était exceptionnel et échappait par conséquent à toutes les règles et obligations classiques. Cette idée s'est atténuée par la suite et la frontière entre génie et talent s'est peu à peu estompée.

Du XVIIIème au XXème siècles, plusieurs auteurs commencent à organiser et définir plusieurs caractéristiques de la créativité que l'on retrouvera beaucoup dans la littérature du XXème siècle : divergence des modes de pensée classiques, capacité à générer de nouvelles combinaisons de pensées et à les présenter avec force et clarté, capacité à choisir entre différentes options, à comparer et à sélectionner les idées et théories les plus prometteuses ou pertinentes.

C'est généralement Guilford (1950) qui est reconnu pour avoir marqué le début la recherche contemporaine sur la créativité, en l'articulant avec le concept d'intelligence.
Ainsi, la créativité ferait appel à des aptitudes plutôt divergentes (produire beaucoup d'idées alternatives, les combiner, les réorganiser), alors que l'intelligence ferait plutôt appel à des aptitudes convergentes (déduire, analyser, trouver la bonne réponse).
Cette distinction entre pensée divergente et convergente est utile d'un point de vue théorique, mais en pratique ces deux aptitudes ne sont pas forcément facile à distinguer, car elles ne fonctionnent quasiment jamais de manière isolée : il n'y a pas d'intelligence sans un minimum de créativité, ni de créativité sans un minimum d'intelligence.


1.2. Définition rapide

Souvent, on part du principe que la définition de la créativité va de soi, qu'il n'est pas vraiment utile de l'exposer explicitement. Il y a dans cette assertion une part de vérité, et on peut montrer que les définitions implicites de la créativité atteignent un niveau correct de consensus (une personne créative est généralement considérée comme indépendante, imaginative, énergique, curieuse, etc.).

Mais au-delà de la pertinence et de l'utilité des définitions implicites, la recherche a besoin d'une définition plus formelle. Celle-ci insiste généralement sur deux dimensions fondamentales de la créativité :
  1. nouveauté, originalité, caractère unique, surprenant, voire subversif, choquant  ;
  2. adaptation, caractère approprié, pertinence, utilité, adéquation aux contraintes.
Le niveaux d''originalité et de caractère approprié varient bien sûr en degré et constituent ainsi un espace en deux dimensions qui permet de situer de nombreux phénomènes plus ou moins créatifs.

Si cette définition peut sembler simple et consensuelle, elle devient rapidement hétérogène et polémique quand il savoir à quoi on va l'appliquer exactement (production, personne, etc.) ou quand il s'agit de choisir, de spécifier et d'articuler clairement les objets d'analyse.


1.3. Les composantes

Afin de limiter les confusions et malentendus, il est important de distinguer différentes composantes de la créativité (figure 1) :
  • la personne, définie par plusieurs sous-composantes et leurs recoupements:
    • la cognition: aptitudes intellectuelles et représentation mentales (intelligence, mémoire, imagination, etc.) ;
    • la personnalité: caractéristiques comportementales relativement stables (indépendance, prise de risque, introversion, ouverture, etc.) ;
    • l'affect: humeur, émotions. Schématiquement, on distingue l'activation (niveau d'éveil, d'énergie) et la valence (sentiment agréable ou désagréable)  ;
    • la motivation, combine l'affect et le comportement, détermine l'investissement et la persévérance d'une personne dans un certain domaine  ;
    • les style cognitifs: renvoient à des préférences pour certains modes de pensée (intuitif/rationnel  ; synthétique/analytique) ;
    • les "méta-traits": représentent diverses stratégies, plus ou moins conscientes, pour réguler ses affects ou optimiser son travail, par exemple.
    Tous ces facteurs sont impliqués dans le processus créatifs à différents niveaux. En le facilitant ou en l'entravant, ils ont un impact sur la production créative.
  • le processus, qui fait référence à la façon dont les idées s'organisent et s'articulent. Le processus peut être vu comme une succession d'étapes (p. ex. préparation, incubation, illumination, vérification) ou comme une alternance entre différents modes de pensée (p. ex. divergent/convergent)  ;

Figure 1. Modèle des composantes de la créativité

modèle systémique de la crétivité

  • la production : qui correspond au produit fini, observable (film, chanson, livre, etc.). Basé sur le recoupement des composantes de la personne, on peut représenter les trois grands domaines de la créativité généralement reconnus :
    • l'expression, qui représente les activités artistiques dans lesquelles le rôle de l'affect est prédominant, telles que les arts visuels ou l'écriture ;
    • la performance, qui représente les activités artistiques et/ou sportives dans lesquelles le comportement joue un rôle crucial (danse, performance musicale, théâtrale) ;
    • les connaissances, qui représentent les domaines scientifiques, dont l'objectif principal est la production et l'organisation de connaissances.
    Les frontières entre ces domaines sont évidemment perméables, ce qui permet de rendre compte du fait que les activités artistiques de performance contiennent également une part importante d'affect, ou du fait que les activités artistiques (en général) peuvent contenir des connaissances et des éléments de réflexion, par exemple dans des oeuvres qui critiquent ou analysent la société, nos perceptions, nos représentations, etc.
  • l'environnement : renvoie, au sens large, à tout le contexte de la créativité:
    • caractéristiques du domaine (notamment les connaissances et techniques nécessaires) et caractéristiques du champ (critiques, public et autres personnes qui évaluent et sélectionnent les productions) ;
    • place et impact dans histoire, la culture, la société en général.

Bibligraphie

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